D’après Alexandre Faure sur Longevité.xyz dans son article « Solitude. Le mauvais procès – Ce que le Parlement européen refuse de voir dans le succès des AI companions » publié sur Longevité.xyz, le succès fulgurant des compagnons IA révèle bien davantage une crise de la solitude et des liens sociaux qu’un simple problème technologique ou juridique.
La solitude, symptôme d’un système fragilisé
Alexandre Faure rappelle que la croissance des AI companions n’est pas seulement portée par l’innovation, mais par une demande massive de personnes qui se sentent isolées, en manque de présence, d’écoute et de continuité relationnelle. L’auteur souligne que ce recours aux interfaces conversationnelles ne naît pas dans le vide : il s’inscrit dans des trajectoires de vie marquées par l’isolement, le vieillissement, la maladie ou le handicap, mais aussi par la fragmentation des familles, la mobilité professionnelle et le recul des services publics de proximité.
Pour les personnes âgées, dépendantes ou malades à domicile, ces outils deviennent parfois la seule « présence » disponible 24h/24. Plutôt que d’y voir uniquement une dérive, l’article invite à y lire le signal d’alerte d’un système de solidarité en tension, où le besoin d’accompagnement au quotidien est loin d’être couvert par les dispositifs humains existants.
Ce que le Parlement européen ne veut pas voir
L’analyse de Alexandre Faure critique la manière dont le Parlement européen aborde la question des compagnons IA : sous l’angle dominant du risque (manipulation, dépendance émotionnelle, exploitation des données), sans articulation claire avec la crise sociale de la solitude. La régulation, centrée sur les dangers et la transparence, ignore largement la fonction de « béquille relationnelle » que ces outils assument de fait pour des millions de citoyens.
Cette approche « tout risque » occulte une question politique centrale : que se passe-t-il lorsque la société délègue à des machines la tâche de tenir compagnie à ceux qu’elle n’arrive plus à entourer ? L’auteur estime que le Parlement se protège juridiquement, mais ne traite ni la responsabilité collective face à l’isolement, ni la nécessité d’un investissement massif dans les services humains de présence, notamment à domicile.
Enjeux pour le maintien à domicile et les auxiliaires de vie
Pour les acteurs du maintien à domicile, l’article de Alexandre Faure ouvre un débat stratégique : les compagnons IA ne remplacent pas la relation humaine, mais occupent l’espace laissé vide par le manque de professionnels, de temps et de financements. Ils peuvent, à certaines conditions, compléter le travail des auxiliaires de vie (rappels, stimulation cognitive, réassurance nocturne), mais leur expansion interroge directement la valeur accordée au lien humain dans les politiques publiques.
L’enjeu pour les agences d’auxiliaires de vie n’est pas de s’opposer mécaniquement à ces technologies, mais de revendiquer une régulation qui reconnaisse d’abord la solitude comme problème social majeur, et qui fasse du soutien humain à domicile le socle, les outils numériques n’intervenant qu’en appui et jamais en substitut à la présence des professionnels.