Un an maximum pour les arrêts de travail dérogatoires de longue durée
À compter du 15 octobre 2026, la durée maximale des arrêts de travail dérogatoires de longue durée indemnisés par l’Assurance maladie sera ramenée de trois ans à un an. Un décret publié au Journal officiel fixe ce nouveau plafond pour les arrêts prescrits à partir de cette date, mais aussi pour une partie des arrêts déjà en cours, dès lors qu’ils atteignent six mois après le 15 octobre. Les patients déjà en arrêt depuis plus de six mois à cette échéance resteraient soumis au régime actuel, avec une indemnisation possible jusqu’à trois ans.
Derrière ce durcissement, l’objectif affiché du gouvernement est de réduire le déficit de l’Assurance maladie en ciblant notamment les affections de longue durée non exonérantes, comme certaines dépressions ou troubles musculo-squelettiques. Pour les employeurs d’auxiliaires de vie, cette nouvelle borne à un an risque toutefois de modifier en profondeur la gestion des situations de maladie longue durée au sein des équipes, en augmentant les enjeux de remplacement, de reclassement et de prévention.
Pour les personnes âgées ou en situation de handicap souhaitant rester chez elles, la question est sensible : une durée d’indemnisation raccourcie peut encourager un retour plus rapide à l’emploi ou à une activité adaptée, mais elle peut aussi fragiliser des trajectoires déjà précaires. Les agences d’auxiliaires de vie devront anticiper ces changements pour maintenir la continuité des accompagnements à domicile, afin d’éviter que des ruptures de prise en charge ne se traduisent par des départs vers l’EHPAD faute de solutions organisées en amont.
Franchises médicales : un plafond porté à 140 € et indexé sur l’inflation
Autre volet de la réforme : dès le 1er octobre 2026, le plafond annuel cumulé des franchises médicales et participations forfaitaires sera relevé de 100 à 140 euros par assuré. Concrètement, deux plafonds de 70 euros s’appliqueront : l’un pour les consultations, l’autre pour les boîtes de médicaments, les actes paramédicaux et les transports sanitaires. Au-delà de ces seuils, les franchises ne seront plus prélevées, mais jusqu’à ce plafond, elles resteront intégralement à la charge des patients.
Un mécanisme d’indexation annuelle sur l’inflation à partir de 2028 est prévu, ce qui signifie que le plafond pourra continuer à augmenter sans nouvelle décision politique explicite. Plusieurs sites d’information santé détaillent cette évolution, comme Pharma365, qui rappelle que le décret du 11 septembre 2026 organise cette revalorisation automatique.
Pour les personnes polypathologiques, très consommatrices de soins et de médicaments, la hausse de 40 euros du plafond peut se traduire par un reste à charge sensiblement accru, particulièrement pour celles qui ne bénéficient pas d’exonérations ou de complémentaires santé généreuses. En pratique, une partie de la charge est transférée vers les organismes complémentaires, mais il est probable que cette pression financière se répercute sur les primes ou les garanties, avec un impact indirect pour les ménages les plus fragiles.
Quel impact pour le maintien à domicile et les employeurs d’auxiliaires de vie ?
Du point de vue des agences employeurs d’auxiliaires de vie, la combinaison de ces deux mesures dessine une ligne claire : faire des économies sur l’Assurance maladie en raccourcissant les arrêts longs et en augmentant le reste à charge potentiel. Le risque est réel de voir des patients renoncer à certains soins ou suivis paramédicaux, faute de moyens, alors même que ces interventions sont essentielles pour stabiliser leur état de santé et rendre possible le maintien à domicile.
Pour autant, cette réforme peut aussi être l’occasion de renforcer les coopérations entre médecins, employeurs et structures de services à la personne afin de mieux articuler soins, prévention et accompagnement à domicile. Une gestion plus anticipée des arrêts longs, des dispositifs de temps partiel thérapeutique adaptés aux métiers du domicile, et une meilleure information des assurés sur leurs droits pourraient limiter les effets de seuil de la nouvelle réglementation.
Dans ce contexte, les agences d’auxiliaires de vie se trouvent à la croisée des enjeux financiers et humains : elles devront défendre la viabilité économique des prestations, tout en plaidant pour que le maintien à domicile reste une priorité des pouvoirs publics. Car si la réforme contribue à réduire le déficit de l’Assurance maladie, elle ne doit pas se traduire par un double renoncement : aux soins, et à la possibilité pour les personnes fragiles de vivre chez elles dans des conditions dignes.