Ce texte reprend et synthétise les analyses d’Alexandre Faure publiées sur Longévité, consacrées aux limites actuelles du coliving senior en France. L’auteur y défend l’idée que le blocage majeur n’est ni financier ni réglementaire : le coliving souffre surtout d’un déficit de récit, de lisibilité et d’image auprès des seniors, des familles et des décideurs.
Un marché quasi invisible malgré les besoins
En s’appuyant sur des données de terrain, Alexandre Faure rappelle que l’offre de coliving senior reste microscopique à l’échelle nationale : quelques milliers de places là où le rapport Broussy en estime le besoin à au moins 150 000. Le concept est encore mal identifié : entre résidences services, habitats inclusifs et EHPAD, le coliving peine à trouver sa place dans les représentations collectives. Résultat : les projets peinent à se remplir, les investisseurs restent prudents, et les élus ne voient pas clairement ce que cette solution apporte par rapport au maintien à domicile ou aux établissements existants.
L’auteur souligne que le problème n’est pas l’absence de solvabilité des seniors ni un verrou réglementaire insurmontable : les mécanismes de financement (AVP, aides publiques, loyers modérés) existent, et le cadre de l’habitat inclusif offre déjà une base juridique. Ce qui manque, c’est une histoire simple et désirable, capable de rendre le coliving compréhensible et attractif pour le grand public.
Un récit à construire autour du « chez soi accompagné »
Pour Alexandre Faure, la clé est de sortir d’un vocabulaire technico-juridique pour raconter ce que vivent réellement les habitants : la possibilité de rester dans un « chez soi accompagné », à taille humaine, mutualisant les coûts, tout en évitant la rupture symbolique de l’entrée en EHPAD. Ce récit doit insister sur la continuité du domicile, la liberté de choix, la vie sociale et la présence discrète, mais stable, de professionnels de l’accompagnement.
Du point de vue des agences d’auxiliaires de vie, cette vision ouvre une opportunité stratégique : le coliving senior peut devenir un prolongement du maintien à domicile plutôt qu’un concurrent, en créant des habitats où l’accompagnement professionnel est structuré, mutualisé et plus lisible pour les familles. Faure invite les opérateurs à investir la communication, les témoignages d’habitants et de proches, et à bâtir des narrations concrètes, centrées sur la qualité de vie, pour faire émerger un véritable marché du coliving senior.