Le constat d’Alexandre Faure sur Longévité
Dans un article publié sur Longévité, Alexandre Faure démonte une idée séduisante mais trompeuse : les 1 600 milliards d’euros de patrimoine immobilier détenus par les retraités ne peuvent, à eux seuls, financer une politique ambitieuse du grand âge. Il s’agit d’une analyse essentielle pour les acteurs du secteur, en particulier les agences d’auxiliaires de vie engagées dans le maintien à domicile.
Un gisement de richesse très inégal et difficilement mobilisable
L’auteur rappelle d’abord que l’« engrenage » du recours au patrimoine est bien documenté : une partie des pouvoirs publics et des think tanks voient dans la monétisation des biens immobiliers des seniors un levier complémentaire pour financer dépendance, adaptation du logement et aides à domicile. Mais derrière le chiffre massif de 1 600 milliards, la réalité est très contrastée : tous les retraités ne sont pas propriétaires, tous ne disposent pas de biens aisément valorisables, et tous ne souhaitent pas transformer leur logement en actif financier.
Les solutions existantes – viager, prêts immobiliers adaptés, produits de « liquéfaction » du patrimoine – restent encore marginales, complexes et souvent mal comprises par les familles. Elles supposent une ingénierie juridique et financière que la plupart des ménages n’ont pas, et nécessitent un accompagnement de qualité pour éviter les situations de vulnérabilité. La promesse d’un financement massif du grand âge par le patrimoine apparaît donc largement surestimée.
Pourquoi la solidarité nationale restera centrale
Pour Alexandre Faure, le patrimoine immobilier des seniors peut au mieux constituer un complément, jamais un pilier unique de financement. La politique du grand âge – qu’il s’agisse de maintien à domicile, de restructuration de l’offre médico-sociale ou de soutien aux aidants – repose et devra continuer de reposer principalement sur la solidarité nationale : assurance maladie, départements, CNSA et nouveaux mécanismes dédiés à l’autonomie.
Cette mise au point est déterminante pour les agences d’auxiliaires de vie. Elle confirme que leur modèle économique ne peut s’appuyer durablement sur une hypothétique « manne » patrimoniale des clients âgés, mais sur des financements publics consolidés, une meilleure reconnaissance professionnelle et des dispositifs simplifiant l’accès aux aides. La monétisation du patrimoine des seniors peut contribuer à améliorer la qualité de vie de certains ménages, notamment pour adapter le logement ou augmenter le volume d’aide à domicile, mais elle ne remplacera jamais une stratégie collective de financement du grand âge.