Une feuille de route à dix ans pour structurer l’ESS
Le 9 juillet 2026, le Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire (CSESS) a adopté pour la première fois une stratégie nationale de l’économie sociale et solidaire, donnant au secteur une feuille de route à horizon 2030. Présentée par la Direction générale du Trésor, cette stratégie vise à faire de l’ESS un levier durable du développement économique, social et territorial et répond à la recommandation du Conseil de l’Union européenne invitant chaque État membre à se doter d’un cadre national dédié. Le document complet est accessible sur le site du Trésor.
La stratégie s’organise autour de cinq axes stratégiques, déclinés en 28 orientations, 108 actions et 10 indicateurs de suivi, avec une clause de revoyure en 2030. Parmi les objectifs clés, l’État affiche l’ambition de porter la part de l’ESS à 15 % de l’emploi privé, d’atteindre 3 500 structures agréées ESUS et de hisser à 1,5 milliard d’euros l’épargne collectée par les entreprises solidaires d’ici la fin de la décennie. Autant de cibles qui intéressent directement les agences employeurs d’auxiliaires de vie et les structures de maintien à domicile.
Gouvernance, financements et emploi au cœur de la stratégie
Le premier axe entend renforcer la gouvernance de l’ESS aux niveaux interministériel et territorial, avec la création annoncée d’un comité interministériel dédié. Pour les acteurs du domicile, cette montée en puissance institutionnelle pourrait se traduire par une meilleure intégration de l’ESS dans les politiques vieillesse, autonomie et handicap, et une coordination renforcée avec les collectivités qui financent l’aide à domicile.
Le deuxième axe vise à faciliter l’investissement dans les structures de l’ESS via le développement de l’agrément ESUS, de la finance solidaire et des partenariats renforcés avec la Caisse des Dépôts, la Banque des Territoires et Bpifrance. La stabilisation annoncée du cadre fiscal de la générosité et la promotion des subventions pluriannuelles plutôt que des seuls marchés publics répondent à une demande de longue date des employeurs de l’aide et du soin à domicile, confrontés à une grande précarité de leurs financements.
Un autre axe entend mobiliser l’ESS pour les grandes transitions, en ciblant notamment l’économie circulaire, l’alimentation durable, le tourisme social et la culture. Pour le secteur du maintien à domicile, l’enjeu sera de faire reconnaître pleinement son rôle dans la transition démographique et sociale : lutte contre l’isolement, alternative à l’EHPAD, amélioration de la qualité de vie des personnes âgées et malades, soutien aux aidants.
Une adoption sans unanimité, des marges de manœuvre à conquérir
Si la stratégie constitue une avancée institutionnelle majeure, son adoption au CSESS s’est faite dans un climat mitigé : seules les voix de l’État ont approuvé le texte, l’ensemble des représentants des acteurs de l’ESS, des collectivités et des partenaires sociaux ayant choisi l’abstention pour dénoncer l’absence de moyens financiers supplémentaires. Ce signal doit être pris au sérieux par les employeurs d’auxiliaires de vie, qui ne peuvent se satisfaire d’objectifs ambitieux sans clarification des enveloppes budgétaires.
Pour le secteur de l’aide à domicile, la stratégie ouvre néanmoins une fenêtre politique : en inscrivant l’ESS au cœur des politiques publiques, elle offre une base pour revendiquer la sécurisation des financements, la reconnaissance des métiers du care et la consolidation des modèles non lucratifs face au tout-EHPAD. Les agences du domicile ont désormais intérêt à se saisir de cette feuille de route, à participer aux suivis annuels prévus dans le cadre du CSESS et à peser dans les déclinaisons régionales afin que les objectifs affichés en matière d’emploi et de financement se traduisent concrètement dans les territoires.