Dans cet article, Alexandre Faure, publié sur Longévité, propose un véritable « anti-manuel » du lobbying en Silver économie, en critiquant une approche trop commerciale et centrée sur la vente de solutions techniques à l’État, plutôt que sur la construction d’un projet de société au service du bien commun.
De la vente de solutions au projet politique
L’analyse de Alexandre Faure pointe une dérive fréquente du secteur : considérer l’État comme un simple client, à convaincre par des catalogues de produits, des innovations technologiques ou des promesses de gains budgétaires. Cette logique de prestataire limite l’influence réelle du secteur sur les politiques publiques, car elle ne propose qu’une addition d’intérêts privés déguisés en « solutions ».
Pour l’auteur, le lobbying en Silver économie ne peut se réduire à la défense de lignes de financement ou à la promotion d’outils techniques. Il doit s’inscrire dans une vision cohérente de la longévité : comment organiser la société pour permettre aux personnes âgées de vivre mieux, plus longtemps, en restant à domicile quand elles le souhaitent, avec des services d’accompagnement solides et lisibles pour les décideurs publics.
Affirmer une vision d’intérêt général
Le cœur de l’« anti-manuel » est clair : pour peser durablement sur les politiques publiques, la Silver économie doit se présenter non comme une industrie en quête de marchés, mais comme un acteur qui porte une vision d’intérêt général. Le lobbying devient alors un travail de traduction politique : partir de besoins sectoriels (auxiliaires de vie, services à domicile, prévention, accompagnement des aidants) pour les transformer en propositions de réformes, de cadres réglementaires et de modèles de financement au service du bien vieillir.
Alexandre Faure insiste sur la nécessité de produire des preuves d’utilité sociale – impact sur l’autonomie, la qualité de vie, la prévention de la dépendance, le soutien aux aidants – plutôt que de se cantonner à des revendications budgétaires. C’est cette capacité à démontrer la valeur sociale et démocratique des solutions, notamment de maintien à domicile, qui donne de la légitimité au lobbying.
Un enjeu stratégique pour le maintien à domicile
Pour les agences employeurs d’auxiliaires de vie, la réflexion proposée par Alexandre Faure est stratégique : elle invite à dépasser le discours centré sur les coûts ou les volumes d’heures pour articuler un véritable projet de société du vieillissement à domicile. En se positionnant comme contributeurs au bien commun, capables de documenter leurs impacts et d’argumenter un modèle politique de la longévité, ces acteurs peuvent peser davantage face aux logiques institutionnelles centrées sur l’EHPAD et sur une approche purement gestionnaire de la dépendance.