Un report qui fragilise les perspectives du secteur
Le Plan Grand Âge 2026, initialement présenté pour le 12 février au ministère de la Santé, a été reporté sine die suite au départ annoncé de la ministre déléguée Charlotte Parmentier-Lecocq. Cette nouvelle annulation intervient après plusieurs reports successifs depuis 2018, alimentant la frustration des acteurs du maintien à domicile et des services d’aide aux personnes dépendantes (SAAD).
Des mesures déjà actées, mais sans vision d’ensemble
Malgré ce report, certaines avancées budgétaires continuent de progresser en 2026. La branche Autonomie dispose d’un objectif de dépenses porté à 43,6 milliards d’euros, en hausse de 1 milliard par rapport à 2025. L’habitat intermédiaire bénéficie de 100 millions d’euros supplémentaires, dont 47,8 millions dédiés aux résidences autonomie. Le secteur de l’aide à domicile voit également 4 500 soignants supplémentaires financés en EHPAD dès 2026, première tranche d’un plan visant 50 000 créations d’ici 2030.
Ces mesures ponctuelles, bien que bienvenues, ne suffisent pas à répondre aux enjeux structurels. Selon la Drees (février 2026), il faudra créer entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires d’ici 2050 pour répondre aux besoins croissants.
L’urgence démographique qui ne peut attendre
La France vieillit à un rythme inédit. Les plus de 60 ans représentent déjà 27,7 % de la population (2024), et les plus de 75 ans devraient atteindre 16,4 % en 2050. Le nombre de personnes en perte d’autonomie pourrait doubler, passant de 2 millions actuellement à près de 4 millions en 2050. Cette trajectoire démographique rend d’autant plus préoccupant l’absence de feuille de route nationale claire.
Les chantiers stratégiques restent bloqués
Le report du Plan Grand Âge laisse en suspens plusieurs enjeux critiques pour le secteur de l’aide à domicile. Le financement à long terme de la dépendance n’a pas été tranché, la programmation pluriannuelle fait défaut, et l’attractivité des métiers reste sans réponse structurée. Les fédérations du secteur (Synerpa, AD-PA, Fnadepa) dénoncent une « procrastination gouvernementale » contraire à l’urgence des besoins.
Promis dès 2018, ce plan stratégique devait établir une stratégie jusqu’en 2050 avec une lecture territoriale des besoins. Son absence fragilise les perspectives des agences d’aide à domicile, qui peinent à anticiper les investissements et les recrutements nécessaires pour répondre à la demande croissante.